Calendrier de l'avent du domaine public - 2014/2015

Qui s’élèvera dans le domaine public en 2017 ?
Chaque jour de décembre, découvrons le nom d’un auteur dont les œuvres entreront dans le domaine public le 1er janvier 2017.

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Oswald Pilloud

  • dimanche 11 décembre 2016
  • /
  • Dans le DP en

Ignace Nazaire Oswald Pilloud est né à Châtel-St-Denis, commune suisse du canton de Fribourg, le 27 juillet 1873 et mort à Fribourg le 6 juillet 1946.

« Il avait une tête en courbures grasses et
en creux de fruit blet, avec des yeux
rêveurs pris dans des lorgnons, et la
démarche un peu hésitante.
A la fin de sa vie, son pinceau faisait une
escrime désespérée, à touches tremblantes
sur des toiles déjà peintes… »

Oswald Pilloud décrit par Armand Niquille

Ce peintre figure parmi les plus importants paysagistes fribourgeois. Grâce à ses premières recherches, en vue d’une publication, Philippe Clerc, historien de l’art, a reconstitué une partie de son parcours.

Malgré un apprentissage de ferblantier qu’il va effectuer aux côtés de son père, Pilloud s’initie très tôt à l’art pictural. Il se met à peindre dès l’âge de 16 ans : des portraits de membres de sa famille et de gens de la région, dont des marginaux et des figures de Châtel-Saint-Denis.
Entre 1889 et 1891, il étudie au Collège Saint-Michel, à Fribourg, où il suit notamment les cours du peintre et dessinateur gruérien Joseph
Reichlen. En 1896, Oswald Pilloud épouse Alice Dévaud, une Fribourgeoise d’origine, cuisinière à Neuchâtel. Le couple aura deux enfants. Paul, né en 1897, qui deviendra orfèvre et pratiquera son art à Zurich et St-Gall avant de venir s’installer à Fribourg. Il excellera aussi bien dans la réalisation d’objets religieux pour les églises de l’architecte Fernand Dumas que dans la création de boutons de manchettes, de bagues ou d’épingles à cravate. Sa fille Alice Madeleine voit le jour trois ans après son frère. Elle sera modiste. Tous deux resteront sans descendance.

Entre 1896 et 1897, Oswald Pilloud s’engage comme soldat dans les troupes coloniales françaises. Il séjourne en Afrique du Nord, notamment en Algérie. « Dans son traitement de la lumière en peinture, ces voyages ont eu une influence indiscutable », estime Philippe Clerc.


Oswald Pilloud en tenue de légionnaire, 1 en 1892, alors qu’il servait dans le 1er régiment de la Légion étrangère à Sidi-Bel-Abbès, en Algérie.

Photographie E. Chiffelle, Neuveville.

Il revient en Suisse où il suit les enseignements, à l’Ecole des arts et métiers de Fribourg, de Ferdinand Hodler en 1897 et 1898. Il se perfectionne ensuite à Paris, en 1906, entre autres grâce à une bourse du Département fédéral de l’industrie, aux académies de la Grande-Chaumière – à l’instar d’Alberto Giacometti - et Colarossi, où il étudie le modèle vivant, avant de rentrer définitivement en Suisse. Après une courte expérience de photographe en Veveyse, il entame une carrière d’enseignant et donne des cours de dessin et de peinture décorative au Musée industriel (renommé par la suite Technicum) de Fribourg, où il aura notamment comme élèves Anton Schmidt et Armand Niquille. « Il était très accaparé par les heures de cours qu’il dispensait, dont le nombre hebdomadaire dépassait largement la normale, et s’en est plaint à plusieurs reprises auprès de Georges Python, Conseiller d’Etat alors en charge de l’Instruction publique et fondateur de l’université de Fribourg », raconte Philippe Clerc, décrivant un homme parfois « au caractère exécrable ».

Il poursuit ses activités artistiques personnelles et expose dans les salons de la Société des Peintres, Sculpteurs et Architectes Suisses ou dans des expositions nationales.


Affiche de l’exposition de la section fribourgeoise de la Société des peintres, sculpteurs et architectes suisses, 1927

En 1916, Oswald Pilloud réalise sa seule œuvre monumentale connue, près de 12m2 : il remporte en effet le concours lancé par les CFF (Chemins de fer fédéraux suisses) en vue de représenter la capitale cantonale et se voit confier la réalisation d’une grande vue de la cité de Fribourg destinée au Buffet 1ère et 2nde classe de la gare de Lausanne.
Le « Buffet de la Gare » a fermé ses portes le 31 décembre 2015, mais « le décor Art nouveau du Buffet, l’un des derniers d’époque en Suisse, et notamment ses célèbres peintures sur toiles, sera maintenu, en accord avec les autorités en charge du patrimoine. Les amateurs de ce lieu pourront les retrouver restaurées, mais à leur place, en 2018 : Fribourg (Oswald Pilloud), Zermatt (Albert Gos), Genève (Eric Hermès), Neuchâtel (Louis Vonlanthen), Berne (Max Brack) et Montreux (Henri-Édouard Bercher). »

Oswald Pilloud laisse encore sa trace dans quelques églises de la région. En 1905, il peint une stigmatisation de saint François d’Assise pour l’église de Neirivue. À partir de mai 1909, il participe à la réalisation du plafond de l’église de Planfayon. Entre 1910 et 1913, il collabore avec le peintre Eugène de Weck pour la restauration des peintures du cloître de l’abbaye d’Hauterive.

Pilloud s’adonne à tous les genres : portrait, nature morte, scène de genre et d’intérieur. Mais c’est dans le paysage qu’il excelle. En plaine comme en montagne, il laisse le motif guider son pinceau. Le Moléson, la chaîne des Gastlosen, les Paccots ou encore la ville de Fribourg sont autant de lieux qui lui permettent de s’adonner à sa passion de la lumière et de la couleur.
S’il s’essaye à divers styles picturaux, il n’adhère pourtant à aucun mouvement. De la même génération que Raymond Buchs, Louis Vonlanthen, Hiram Brülhart et Jean de Castella, il se laisse inspirer par les courants artistiques de son époque que sont le post-impressionnisme, le symbolisme et le fauvisme, mais s’en affranchit rapidement pour adopter un style qui lui est propre.

Actif essentiellement dans son canton d’origine, il ne délaisse pas pour autant la région lémanique et le Valais qui lui inspirent quelques-uns de ses plus remarquables paysages.

Habitant la rue de Zaehringen à Fribourg, l’artiste multiplie les représentations de la ville à la fin de sa vie, et pose son chevalet dans des endroits proches de son domicile, à commencer par les alentours de la cathédrale qu’il croque sous tous les angles.


Maison du peintre Oswald Pilloud à la rue de Zaehringen à Fribourg ©Philippe Clerc

Il est alors atteint de chorée, une maladie neurologique provoquant des tremblements incontrôlés. « D’où un certain flou qui apparaît sur ses dernières œuvres », souligne Philippe Clerc.

« J’ai parlé avec des anciens qui se souviennent l’avoir vu peindre, entouré d’enfants. Il installait son chevalet sur l’un ou l’autre pont » relève Philippe Clerc. Du vivant de l’artiste, les tableaux d’Oswald Pilloud ont été régulièrement exposés, mais essentiellement au sein d’expositions collectives. Les œuvres sont aujourd’hui disséminées.
« Pilloud a également réglé des ardoises dans les restaurants avec ses tableaux, tout comme des honoraires de médecins », glisse Philippe Clerc.

L’historien de l’art a recensé à ce jour plus de 250 œuvres de l’artiste. Principalement des peintures en petits formats – sur des cartons, pratiques à emporter sur le terrain –, mais aussi des dessins, eaux-fortes et lithographies. « D’autres vont certainement réapparaître. Mais ce n’était pas un artiste très prolifique. »

Le Musée d’art et d’histoire de Fribourg possède une quarantaine d’œuvres d’Oswald Pilloud. Le Musée gruérien de Bulle conserve également de quelques tableaux.

Du 12.03.2016 au 28.08.2016, le Musée gruérien a rendu hommage à ce chantre de la nature, commémorant ainsi les 70 ans de sa disparition, survenue en 1946, par une exposition intitulée « Le paysage pour passion »
Cette exposition a mis en lumière le travail d’Oswald Pilloud. Une soixantaine d’œuvres issues de collections publiques et privées ont été présentées, dont la majeure partie pour la première fois.

Sources

Le Facebook d’Oswald Pilloud !
https://www.facebook.com/OswaldPilloud/

Notice sur Wikipedia
https://fr.wikipedia.org/wiki/Oswald_Pilloud

Philippe Clerc L’Ami du Musée n°59 Janvier 2014
http://www.museegruerien.ch/content/upload/AMG/Publications/829009.AMI MUSEE 59_BR.pdf

Site de l’artiste-peintre Oswald Pilloud
http://www.oswald-pilloud.ch/index.html

Exposition « Le paysage pour passion, Oswald Pilloud (1873-1946) artiste-peintre » du 12.03.2016 - 28.08.2016
http://www.musee-gruerien.ch/fr/210 le_paysage_pour_passion,_oswald_pilloud.html

La renaissance d’Oswald Pilloud, Thibaud Guisan, La Liberté, 18 décembre 2015
http://www.oswald-pilloud.ch/pdfs/LI-18-12-FR-11.pdf

Musée gruerien de Bulle
http://collections.musee-gruerien.ch/
Le « Buffet de la Gare » ferme ses portes, La Liberté, 2 décembre 2015
http://www.laliberte.ch/info-regionale/vaud/le-buffet-de-la-gare-ferme-ses-portes-313670#.WDxBZaLhBjs

Pilloud, pinceau châtelois, Thibaud Guisan, La Gruyère, 8 juin 2013
http://www.oswald-pilloud.ch/pdfs/La%20Gruyere%2008.06.13.pdf

Bibliographie

Pro Fribourg, N° 189 - décembre 2015
http://www.pro-fribourg.ch/publications/cahiers/cahier/mg/189.html

Un ouvrage pour empêcher qu’il soit oublié, Sophie Murith, La Gruyère, 7 janvier 2016
http://www.pro-fribourg.ch/fileadmin/Fichiers/07.01.2016LaGruyereO.Pilloud.pdf

Fribourg, terre de peinture
http://www.bloglagruyere.ch/2013/01/02/fribourg-terre-de-peinture/

Vidéo

Portrait du peintre Oswald Pilloud par Grégoire Praz
Portrait de la vie et l’oeuvre d’Oswald Pilloud (1873-1946), peintre méconnu fribourgeois et élève de Ferdinand Hodler. Ce peintre a été redécouvert par l’historien de l’art suisse Philippe Clerc qui est interviewé dans ce portrait. Ce film a été réalisé comme travail de certificat en audiovisuel au CREA à Genève.
https://vimeo.com/121385371

Radio

Christophe Mauron - Le paysage pour passion, "Les matinales d’Espace 2", 31 mars 2016
http://www.rts.ch/espace-2/programmes/matinales/7578287-christophe-mauron-le-paysage-pour-passion-31-03-2016.html?f=player%2Fpopup

Notice établie par Pascal Cottin et Philippe Clerc – décembre 2016


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