Calendrier de l'avent du domaine public - 2014/2015

Qui s’élèvera dans le domaine public en 2018 ?
Chaque jour de décembre, découvrons le nom d’un auteur dont les œuvres entreront dans le domaine public le 1er janvier 2018.

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Louise Merzeau

  • vendredi 1er décembre 2017
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  • Dans le DP en 2018

Nous allons commencer le calendrier en allant à l’encontre des règles énoncées, tant il est vrai que pour comprendre le cadre, il faut parfois aller toucher ses bords. Notre première auteure n’est pas décédée en 1947.
C’est avec beaucoup d’émoi que nous proposons cette première entrée inaugurale du Calendrier de l’Avent 2018, inhabituelle parce qu’un grand pan de son oeuvre se trouve déjà dans le domaine public ou sous licence Creative Commons. Universitaire reconnue pour ses travaux, photographe aguerrie et engagée dans les Communs et la promotion du domaine public, Louise Merzeau nous a quitté.e.s cette année alors même qu’elle a participé très activement au Collectif SavoirsCom1. Elle était encore parmi nous lors des ateliers de préparation de cette édition du Calendrier. Petit (et juste) retour sur sa vie et son œuvre.

Le 8 novembre 1963 est née Sylvie Merzeau. En 1982 pourtant, c’est Louise Merzeau qui devient élève à l’ENS de Fontenay-Saint Cloud Lyon. Bien qu’ancrée alors dans des études littéraires, elle éprouvait déjà les tenants de l’identité, la volonté de laisser les traces d’une présence décidée, assumée.

Agrégée de lettres, docteure en Sciences de l’Information et de la Communication (elle expliquera dans un entretien que pendant sa thèse, elle s’est "sentie un peu à l’étroit dans le champ strictement littéraire"), professeure des université à Paris X Nanterre... il serait trop restrictif de définir Louise uniquement par son parcours universitaire. Son cheminement intellectuel était beaucoup plus vaste : auteure d’articles et de contributions, membre de conseils scientifiques, de collectifs, de comité de rédaction, de conseil d’administration, rédactrice en chef, photographe, directrice de laboratoire...

Pourtant, ce n’est pas uniquement par ses titres et ses fonctions que se définissait Louise. Voilà comment elle présentait sa table de travail sur Twitter en janvier 2013 :

En 2014, lors d’un entretien pour le site "SavoirsCDI", Anne Rabeau lui demandait quels seraient ses descripteurs principaux si elle était un thésaurus. Bien sûr, Louise n’était pas un thésaurus, elle se définissait comme médiologue. Voici sa réponse :

#Mémoire #Trace #Information #Identité(numérique) #Médiologie #Usage
"Il n’y a pas de mémoire sans une pensée de l’oubli.”

Ces mots-clés de thésaurus cachent la forêt d’une vaste œuvre de recherche dans des champs aussi vastes que ceux de la médiologie, la mémoire et l’information, la réappropriation des traces numériques, la critique de l’identité numérique et l’archivage du web [1].

Un des points clés de sa pensée porte sur la mémoire, certes, mais surtout sur l’oubli, puisqu’

“Il ne faut plus le voir comme une sorte de bug ou comme une saturation des mémoires de stockage, mais bien comme l’un des mécanismes clés de la mémoire. Car il n’y a pas de mémoire sans une pensée de l’oubli.”

A ce sujet, elle propose un véritable apprentissage des traces laissées par l’usage numérique (“l’intelligence des traces”), en passant par l’accompagnement à la création, à la gestion, et surtout au dépôt de ces traces, de manière collective. Sortir du cliché qui met en lien mémoire numérique et logique individuelle ; un apprentissage certes technique mais aussi et surtout social et éthique du numérique à l’École, voilà ce que propose Louise dans sa pensée de la médiation numérique des savoirs comme des communs de la connaissance [2] [3].

Toutes ces thématiques ont pourtant une connexion dans sa démarche scientifique, engagée, artistique. Louise nous a laissé un non moins riche corpus photographique disponible dans son site en licence CC. Comme témoin mémoriel de l’absence après la présence, Louise déclarait :

"Je photographie pour voir ce qu’on ne regarde pas : les insignifiances où le temps se dépose, la mémoire qui hante les images, la matière photographique et numérique…"

En plus de ses autres activités, Louise Merzeau est également connue pour son engagement dans le mouvement des communs, auquel elle participe notamment via le collectif SavoirsCom1 ou encore son engagement en tant qu’administratrice au sein de Wikimedia France. Sur ce sujet, elle a ouvert en septembre 2013 un axe « Biens communs numériques » dans le Master « Industries culturelles et environnement numérique » de l’université Paris-Nanterre. Ce master est organisé autour de webinaires (séminaires en ligne ouvert à tout public), où ont été invités des spécialistes des communs, de l’ouverture des données, de l’appropriation des biens culturels, de l’infomédiation collaborative, des espaces communs de savoir et de mémoire, etc. On remarquera également que certains de ses étudiants ont ensuite partagé leur master en ligne sous licence CC.

"C’est en public que l’on partage désormais ses secrets"

Louise Merzeau ne peut pas s’élever dans le domaine public parce qu’elle s’y est solidement ancré. Tous ses articles sont disponibles sur son site, en archive ouverte, en licence CC ou en CCO, la licence du domaine public par laquelle un auteur renonce de son vivant à ses droits pour que tout le monde puisse immédiatement en profiter, la diffuser, la republier, s’en inspirer. Ses trois dernières contributions de 2017 n’y font pas exception : publiées récemment en format papier (un article dans le Dictionnaire des biens communs, un dans la revue Hermès de septembre, un aux presses de l’ENSIBB), elles sont toutes paralèllement disponibles sur son site ou celui de l’éditeur.

Ses idées restent autour de nous : impossible maintenant de faire un copié collé (comme en rédigeant cet article...) sans songer à elle qui nous libérait du culpabilisant plagiat en posant notre "pomme C/V" comme un "réapprentissage de la copie comme processus et comme pensée ». Ou quand ressort régulièrement le serpent de mer du "droit à l’oubli", auquel elle opposait la création de "friches numériques", où les données resteraient consultables pour les historiens des temps futurs, petites clés pour la compréhension posthume de notre société, mais ne pourraient plus être exploitées ou copiées par des tiers. La mémoire, les communs, l’identité.

"On ne peut pas" disait Louise, "ne pas laisser de traces".


Elle est partie le 15 juillet 2017 en laissant d’elle de nombreuses traces, dans nos têtes et sur les réseaux : son fil Twitter, son site, le blog qu’elle animait pour l’INA, ses photos... N’hésitez pas à aller y piocher, c’est CC !

Sources :
Page Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Louise_Merzeau
CV et bibliographie : http://www.dicen-idf.org/membre/merzeau-louise/
Entretien avec Anne Rabeau (SavoirsCDI, 2014) : https://www.reseau-canope.fr/savoirscdi/societe-de-linformation/le-monde-du-livre-et-de-la-presse/histoire-du-livre-et-de-la-documentation/biographies/louise-merzeau/entretien-avec-louise-merzeau-transcription.html.
http://notesondesign.org/biens-communs-numeriques-actionner-les-leviers-dune-pensee-politique-dans-la-recherche-universitaire/

Les traces de Louise....

Les quatre années de Webinaires du master : http://master-icen.parisnanterre.fr/webinaire/programme-2015-2016-2/

Articles cités dans le portrait :

  • Louise Merzeau. Copier-coller. Médium : Transmettre pour Innover, Ed. Babylone, 2012, pp.312-333. https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00727080
  • Louise Merzeau. Mémoire partagée. In Cornu-Volatron M., Orsi F., Rochfeld J. (dir.), Dictionnaire des biens communs. Presses universitaires de France, 2017.
  • Louise Merzeau. De la bibliothèque à l’Internet : la matrice réticulaire. In Boccon-Gibod Thomas, Ion Cristina et Mougenot Éric (dir.), Robert Damien, du lecteur à l’électeur. Bibliothèque, démocratie et autorité. Presses de l’Enssib / BnF Éditions, 2017.
  • Louise Merzeau et Hélène Mulot. « Les communs : levier pour l’enseignement (du) numérique à l’école », Hermès, La Revue, vol. 78, no. 2, 2017, pp. 193-200. https://www.cairn.info/revue-hermes-la-revue-2017-2-page-193.htm

Intégralité de sa bibliographie : https://cv.archives-ouvertes.fr/louise-merzeau

Image : Mediolog CC-BY-SA https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Louisemerzeau2013.jpg


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