Calendrier de l'avent du domaine public - 2014/2015

Qui s’élèvera dans le domaine public en 2019 ?
Chaque jour de décembre, découvrons le nom d’un auteur dont les œuvres entreront dans le domaine public le 1er janvier 2019.

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Ernst Lubitsch

  • lundi 18 décembre 2017
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  • Dans le DP en 2018

Ernst Lubitsch (1892-1947) est l’une des premières personnalités incontournables de l’histoire du cinéma allemand des années 1910 et 1920. Cinéaste talentueux et particulièrement productif durant sa carrière allemande pendant laquelle il réalise près d’une soixante de films entre 1912 et 1923 date de son départ pour Hollywood. Parmi ceux-là beaucoup sont considérés comme perdus par les spécialistes du septième art. Il faut rappeler que dans les années 1910 et le début des années 1920, le cinéma était considéré comme une industrie de divertissement, la réflexion sur la conservation des œuvres n’existait pas. Une fois la carrière commerciale d’un film passée, la cellulose de la pellicule était fondue pour être recyclée.

D’abord comédien, il est au centre de la série de films Meier où il inventer l’archétype du comique juif allemand. C’est avec ces réalisations, que Lubitsch devient, outre-Rhin, aussi célèbre que Max Linder en France ou Charlie Chaplin aux États-Unis. La filmographie de la carrière allemande de Lubitsch est d’autant plus impressionnante qu’il ne se contentait pas de « seulement » réaliser des films. Comme beaucoup des cinéastes de cette époque, Lubitsch écrit ses scénarios (à partir de 1916) produit ses films et passe même devant la caméra où il interprète quelques rôles dans ses propres longs métrages, ce qui ne l’empêche pas d’en tourner et d’en produire plusieurs par an.

L’oeuvre de Lubitsch est inséparable de l’apparition du cinéma en Allemagne qui tarde à s’imposer avant de devenir le premier cinéma européen après la Première Guerre mondiale tant par les moyens alloués que par la quantité de films produits et exportés en dehors des pays de langues germaniques. C’est d’ailleurs avec un film de Lubitsch, Madame Du Barry que l’Allemagne défaite par l’armistice de 1918 et le Traité de Versailles de juin 191 parvient enfin à vendre un premier film — avant le fameux Cabinet du Docteur Caligari de Robert Wiene — aux États-Unis d’abord et, dans le reste de l’Europe ensuite. La France sera une exception puisque le film a été perçu comme une ultime provocation de la propagande militariste germanique anti-française. Outre-Rhin, c’est alors la Révolution, et ce film se veut en être une sorte d’illustration.

Lorsqu’il quitte Berlin pour Hollywood, Lubitsch n’a, finalement, déjà, plus rien à prouver, il a réalisé des films dans tous les genres cinématographiques avec les plus grands acteurs allemands de son temps comme Emil Jannings, Pola Negri, Ossi Oswalda, Henny Porten ou encore Alfred Abel, etc. Parmi les films qu’on peut retenir de cette période il y a Ich möchte kein Mann sein (Je ne voudrais pas être un homme - 1918), Die Augen der Mumie Ma (Les Yeux de la momie - 1918), Die Austernprinzessin (La Princesse aux huîtres - 1919), Die Puppe (La Poupée - 1919), Sumurun - 1920, Die Bergkatze (La Chatte des montagnes - 1921), etc.

Certes durant sa carrière américaine, Lubitsch n’est aussi pas prolixe que durant ses années berlinoises, mais il signe tout de même de nombreux chefs-d’œuvre comme le film muet Lady Windermere’s Fan (L’Éventail de Lady Windermere - 1925) ou les films parlants comme Design for living plus connu sous le titre français de Sérénade à trois (1933) ou encore la comédie critiquant le nazisme qu’est To Be or Not to Be (Jeux dangereux - 1942) réalisation éminemment politique et audacieuse lorsqu’on la replace dans le contexte historique et que l’on sait que Lubitsch a été déchu de sa nationalité allemande avec l’arrivée du régime hitlérien en 1935.

Il meurt pendant le tournage de La Dame au manteau d’hermine le 30 novembre 1947 — quelques mois après le décès d’un écrivain allemand important, Rudolf Ditzen plus connu sous le nom d’Hans Fallada, dont l’oeuvre entre également dans le domaine public. Lubitsch est l’auteur essentiellement d’oeuvres collectives, ses films n’entreront malheureusement pas encore dans le domaine public au 1er janvier 2018, il faudra se contenter de (re)découvrir ses écrits et ses scénarios qui nous permettront d’entrevoir la richesse de son travail à la fois drôle, émouvant et profond.


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