Calendrier de l'avent du domaine public - 2014/2015

Qui s’élèvera dans le domaine public en 2018 ?
Chaque jour de décembre, découvrons le nom d’un auteur dont les œuvres entreront dans le domaine public le 1er janvier 2018.

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Christophe

par Louise
  • mercredi 2 décembre 2015
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  • Dans le DP en

Une œuvre qui est déjà la nôtre

Il est des auteurs dont on s’étonne qu’ils ne soient pas encore passés dans le domaine public, tant leur œuvre semble profondément inscrite dans une mémoire et un imaginaire communs, au point parfois d’en faire oublier le signataire.

C’est le cas de Georges Colomb, dit Christophe. En dehors de Lure, où il est né (et où il a sa statue !), peu nombreux sont ceux qui sauraient mettre un visage, un titre, une citation ou une image derrière ce nom. Tout le monde en revanche a entendu parlé de La Famille Fenouillard, du Sapeur Camember ou du Savant Cosinus.

Nul besoin d’avoir lu les aventures loufoques du bonnetier Agénor, de sa femme Léocadie et de leur deux filles Artémise et Cunégonde à travers le monde pour voir dans chaque touriste un fanfaron sympathique et un peu grotesque. Et même sans connaître les Facéties du Sapeur Camember, on aime toujours rire du décalage entre un esprit trop simple et les sentences alambiquées qu’il se plait à prononcer.

Quant à Pancrace Eusèbe Zéphyrin Brioché, dit Cosinus, il campe avec ses cousins les professeurs Nimbus et Tournesol dans notre imaginaire l’impérissable figure du savant aussi entreprenant que distrait.

Ces œuvres, on ne les a pas étudiées, on ne les a pas nécessairement eu entre les mains et on ne saurait trop dire ce qu’elles racontent. Mais on en a hérité, à travers des histoires de famille ou des formules du langage courant, à la fois familières et un peu énigmatiques.

Puisque désormais, elles nous appartiennent de plein droit, il est temps de rendre justice à leur auteur et de redécouvrir leur saveur.

Le précurseur d’un art nouveau

De Georges Colomb, on aime tout, parce qu’il est multiple, original, érudit, facétieux et surtout, généreux.

S’il n’était que l’un des principaux précurseurs du 9e art, on lui devrait déjà beaucoup. Les bédéphiles et historiens de la bande dessinée, de fait, rappellent tous combien ses récits illustrés, parus d’abord en feuilleton dans Le Petit Français en 1889, puis en albums aux éditions Armand Collin, introduisent des innovations graphiques, des modes de narration et un humour dont la descendance sera nombreuse. Certes, il n’y a pas encore de phylactère (ou de bulle) et les textes sont encore volumineux, très écrits et truffés d’allusions érudites. Mais le dessin est vif, les types satiriques bien croqués, le comique des contrepoints entre l’image et le texte efficace et le découpage des vignettes et des planches plein d’audace. Indispensable maillon entre Töpffer – qu’il admirait – et Hergé, pour la clarté du trait et les situations cocasses, mais aussi Fred ou Gotlib pour son goût du second degré, Christophe n’existe pas seulement dans la mémoire vernaculaire : il occupe une place de choix dans une histoire culturelle.

Un infatigable pédagogue

Mais Georges Colomb n’est pas seulement cet amuseur inventif. C’est aussi un homme de science et un fervent praticien de la pédagogie. Bachelier ès lettres à 16 ans, ès sciences à 18, il est admis à l’École Normale Supérieure en 1878, devient docteur en sciences naturelles puis maître de conférences à la Sorbonne et termine sa carrière comme sous-directeur de laboratoire au Museum d’histoire naturelle. Parallèlement, il enseigne à des générations d’élèves et d’étudiants pendant près de 50 ans, et publie une trentaines d’ouvrages didactiques ou de vulgarisation, sans oublier des causeries scientifiques sur Radio-Paris. Face à un tel parcours, bien des commentateurs se sont étonnés de ce qu’ils qualifient d’une double vie. Ne faudrait-il pas plutôt saluer la constance d’une ardeur à transmettre, à captiver, à partager, et la liberté d’un esprit ouvert à toutes les nouveautés ? Esprit critique et satire sociale, puissance pédagogique des images et des médias, alliance de l’humour et du savoir : c’est en cela que Georges Colomb est moderne. Aujourd’hui libérée, son œuvre a toutes les qualités pour connaître une nouvelle vie. À nous d’en imaginer des usages inédits, dans l’impertinence d’esprit de son généreux créateur.

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