Calendrier de l'avent du domaine public - 2014/2015

Qui s’élèvera dans le domaine public en 2018 ?
Chaque jour de décembre, découvrons le nom d’un auteur dont les œuvres entreront dans le domaine public le 1er janvier 2018.

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Albert Marquet

  • mardi 12 décembre 2017
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  • Dans le DP en 2018

Albert Marquet est né à Bordeaux en 1875. Marqué dès l’enfance par un pied bot et une forte myopie, il va développer une personnalité solitaire, observatrice. Il suivra ses parents à Paris à l’âge de 15 ans et sa mère, qui avait repéré ses dons, lui permet de suivre les cours de l’École des Arts décoratifs. Il y rencontre Matisse, qui le protège des railleries de ses collègues. Ils entreront tous les deux à l’École des beaux-art en 1894, dans l’atelier de Gustave Moreau. Ils resteront amis toute la vie. Ils habitaient le même immeuble. « Au-dessous de chez nous, 19, quai Saint-Michel, à Paris habitait Matisse. Quand nous rentrions de voyage, les bagages à peine défaits, Albert donnait des coups de canne sur le parquet et bientôt nous entendions sonner le vieil ami, curieux de voir ce que nous rapportions. Il choisissait quelque chose et c’était l’amorce d’un nouvel échange. » racontera Marcelle Marquet, sa femme. Mais comment imaginer deux personnalité si différentes. Quand Matisse devient un théoricien de l’art moderne, Marquet déclare « Je ne sais ni écrire ni parler mais seulement peindre et dessiner. »

Mais quel dessinateur ! En quelques traits, il sait croquer des personnages ou des paysages. La composition de ses peintures est longuement travaillée, en général autour d’une diagonale qui sert de ligne de fuite, et avec l’horizon qui marque la séparation de l’eau et du ciel. Représenter l’eau, ses facettes, les mouvements qui l’agite, les reflets du soleil ou des nuages, est sa spécialité. Il excelle dans les variations des couleurs aquatiques. Du nord au sud, de Hambourg ou du Havre à Venise et Alger, en passant par les bords et les quais de la Seine, l’eau chez Marquet est toujours différente, vivante, chargées des nuages ou des soleils. Souvent, l’eau qu’il représente sur ses toiles est également celle du travail, de l’industrie : péniches, bateaux, fumées, cheminées, même sans la présence des hommes, rares sur ses tableaux, l’activité humaine est présente.

La gamme chromatique d’Albert Marquet passera au fil des ans d’une palette hyper-colorée à l’usage des gris, des bruns et des noirs, à une capacité à faire vibrer les teintes sombres qui accompagnent la mélancolie des ports. En 1905, il participe à la fameuse exposition dite de la « cage aux fauves ». Auprès de Matisse, Rouault, Derain, Vlaminck, Valtat, Friesz, Van Dongen, il fait déborder les couleurs. L’exposition fait scandale, au point que le Président de l’époque refuse de l’inaugurer. Il en naîtra l’expression du courant pictural du « fauvisme ». Même s’il s’en éloignera assez vite, Marquet est considéré comme un des peintres de cette école.

Ses tableaux d’avant guerre sont souvent des nus, très émouvants et érotiques. Il deviendra l’amant d’une de ses modèles jusqu’en 1920. À cause de sa santé fragile, il sera réformé en 1914. Il attrape la grippe espagnole en 1919, celle qui fit autant de ravages que la Grande boucherie elle-même. Heureusement il en réchappera. Son médecin Elie Faure, par ailleurs un grand ami et célèbre historien d’art, lui conseille d’aller à Alger pour sa convalescence. Un premier voyage qui sera suivi de nombreux autres. Il peindra le port d’Alger depuis sa maison en hauteur. De nombreuses toiles font vibrer le soleil méditerranéen. À Alger, il rencontrera Marcelle Martinet, avec qui il va voyager au Sahara. Elle deviendra sa femme en 1923, sa secrétaire et sa compagne lors de ses très nombreux voyages, puis sa biographe après son décès.

Très vite Albert Marquet a été sous contrat avec la Galerie Druet, ce qui va lui garantir toute sa vie des revenus réguliers, lui permettant d’acquérir un appartement parisien qui domine la Seine. Un grand nombre de toiles et d’aquarelles représenteront le fleuve depuis sa fenêtre. Cette position en surplomb, de celui qui peint sans être vu, est une caractéristique de ses travaux. À l’image de Monet qui fut très tôt un acheteur de ses toiles, il peint des séries, le même paysage sous divers climats et à plusieurs moments de la journée. Et toujours l’eau qui coule, qui miroite. Il conservera cet angle de vue dans l’atelier qu’il va occuper à La Frette sur Seine, certainement son lieu de prédilection.

« Son art est d’une remarquable continuité. Il abandonne rapidement les audaces timides de sa période fauve, pour n’en conserver qu’un goût pour une certaine simplification des formes. Par son sens de la mesure qui s’exprime tant dans ses compositions que la délicatesse de l’atmosphère de ses œuvres, il s’inscrit dans la lignée des grands paysagistes français. »
Les Sources du XXe siècle, Jean Cassou.

Albert et Marcelle Marquet voyagent beaucoup. Le peintre rapporte de ses excursions des vues de toute l’Europe... presque toujours centrées sur l’eau, le mers, les côtes, les ports ou les fleuves. Et chaque hiver il se rendent à Alger, une ville qu’ils retrouveront durant la Seconde Guerre mondiale. Albert Marquet avait signé en 1939 une pétition de soutien aux artistes allemands victimes du nazisme, et se trouve menacé quand ceux-ci occupent Paris. Il se rend alors à Collioure, puis à Alger, après avoir caché ses toiles et aquarelles chez un oncle de sa femme. Il refusera que ses toiles soient exposées au Salon des Tuileries de 1941, et ira même jusqu’à faire décrocher celles qui avaient été prêtées par des collectionneurs. Il avait refusé de signer le document demandé par les nazis certifiant sa « non-appartenance à la race juive » en solidarité. En 1942, il organise une vente de toiles à Alger pour financer la Résistance, et offre une d’entre elles au Général de Gaulle. Après la guerre, il adhérera au Parti communiste. Sans être un agitateur, Albert Marquet su faire preuve d’une détermination et d’une droiture qui ne fut malheureusement pas aussi fréquente chez de nombreux artistes de cette époque.

Albert Marquet décède le 14 janvier 1947. Il est enterré au cimetière de La Frette sur Seine près de la maison et de l’atelier où selon sa femme il se sentait pleinement épanoui.

En 2016, une grande rétrospective a eu lieu au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, qui a su replacer Albert Marquet dans l’histoire de l’art moderne. Parce qu’il était discret, parce qu’il peignait des paysages, Marquet fut marginalisé par rapport aux travaux des avant-gardes picturales qui se sont succédées au XXe siècle. Mais la constance de son travail, la qualité de ses compositions et sa capacité à faire vibrer les éléments, et tout particulièrement l’eau, les mers et les fleuves sont la marque d’un peintre enchanteur, qui sait rendre la nostalgie, le travail et l’industrie des hommes à grands traits soulignés de noir, ou par touches colorées pour faire vibrer la matière liquide.

Références :

Références images :


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